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COVID-19 et la transformation des enjeux de mobilité en Île-de-France

Facteur critique : Localisation des emplois et des ménages


À l’heure où les mesures de déconfinement se mettent en place progressivement en France jusqu’à la fin du mois de Juin, on peut s’interroger sur les modes de vie qui vont s’établir dans les prochains mois, notamment en matière de mobilités

Face à la pandémie virale du COVID-19, la majorité des pays ont mis en place des mesures de restriction des libertés de déplacement et des échanges marchands. 

Au-delà des impacts immédiats, notamment sur la fréquentation des transports publics, la crise actuelle pourrait avoir des conséquences plus profondes sur les caractéristiques de la mobilité en France

De nombreuses analyses se sont penchées sur les conséquences de ces réductions des déplacements en termes de trafic et de pertes de recettes, en mettant en exergues les enjeux de la soutenabilité économique des transports publics dans ce contexte. Mais au-delà des impacts sur les modes de transport nous nous sommes penchés sur les évolutions provoquées par la pandémie sur les facteurs critiques qui influencent la transformation des mobilités, et plus particulièrement en Ile de France.

Alenium Consultants a réalisé une mission d’étude prospective, afin d’établir un bilan des connaissances sur l’impact du COVID-19 sur la mobilité des personnes et des marchandises, et identifier les principales tendances à retenir.

L’analyse prospective est une démarche qui explore le futur. Elle consiste à identifier différents scénarios des avenirs possibles pour améliorer la visibilité du futur et apporter une aide à la décision. La prospective ne consiste pas à prévoir l'avenir mais à élaborer des scénarios possibles et impossibles dans leurs perceptions du moment sur la base de l'analyse des données disponibles et de la compréhension et prise en compte des processus sociopsychologiques.

Cette série de six articles se penche sur chacun des facteurs critiques identifiés par Alenium Consultants dans le cadre de cette étude : 

  • le télétravail
  • le lissage des heures de pointe
  • le report modal
  • la localisation des emplois et des ménages
  • la logistique urbaine,
  • et les flux aériens

Nous nous concentrons aujourd’hui sur la localisation des lieux d’habitation et des emplois, facteur clé d’analyse de la mobilité au regard de leurs impacts sur les choix modaux, les temps de parcours et les motifs de déplacement (travail, études, achats, loisir, etc.).


Un désamour pour la zone centre : un phénomène ancien…

En Île-de-France, une première tendance pouvait déjà être observée avant la pandémie virale : la croissance démographique accélérée autour de Paris. Depuis les années 1980, la croissance de la population en Île-de-France était tirée notamment par la banlieue parisienne. Des zones comme Seine-Saint-Denis, le nord de l’Essonne et l’ouest de Seine-et-Marne sont devenues plus attractives grâce au développement d’activités économiques, la construction de logements et le développement des transports collectifs. Par ailleurs, la population de Paris diminue par d’un déficit migratoire (le plus fort de tous les départements français) et la baisse de la natalité


Par rapport aux flux migratoires dans l’ensemble de la Région, le déficit est poussé par le départ des personnes en âge actif, à partir de 27 ans, particulièrement en recherche de logements plus grands ou pour des raisons familiales (les motifs professionnels ne représentant que 13% des départs). Il est intéressant de noter que la plupart des emménagements inter-régionaux sont des migrations « sauts de puce », privilégiant les régions limitrophes qui permettent le maintien des liens professionnels avec l’Île-de-France.  


… accéléré par la crise sanitaire

L’extrapolation des données de téléphonie mobile permet d’identifier un mouvement lié aux mesures restrictives mises en place par le Gouvernement début 2020. Une partie des Franciliens a décidé de partir de leur résidence habituelle vers un logement plus grand, soit en petite / grande couronnes, soit en dehors de la région francilienne. Ainsi, environ 1 Francilien sur 10 a décidé de quitter la Région à cause du confinement, et cette évasion est encore plus élevée pour les Parisiens ayant quitté la capitale (15%) pendant le confinement de mars-avril 2020.

Cette tendance centrifuge se reflète également dans le secteur immobilier. Les maisons en Île-de-France ont été recherchées davantage, notamment en grande couronne dans les villes desservies par des lignes RER. Les prix de vente des maisons franciliennes ont connu une hausse (8%) supérieure à celle des appartements, une première depuis 2007 (Notaires du Grand Paris). Cette évolution est plus marquée en certaines villes desservies par le RER, comme Sartrouville, dans les Yvelines, qui affichent plus de 20% de hausse sur un an (Notaires du Grand Paris). Certaines plateformes numériques, comme Se Loger, constatent que la présence d’un espace vert, comme un jardin ou une terrasse, est devenue un critère essentiel aux yeux de 26 % des porteurs d’un projet d’achat immobilier dans le neuf après le premier confinement.

La pandémie agirait donc ici comme un accélérateur d’une tendance en cours depuis une quarantaine d’année et venant modifier en profondeur les besoins de mobilité et accentuer l’inadaptation des modes de transport collectifs à ces besoins.


Hypothèses sur les lieux des emplois 

L’Île-de-France connait aujourd’hui une répartition quasi égalitaire des volumes d’emplois entre Paris, la petite couronne et la grande couronne (environ 2 millions d’emplois pour chaque catégorie), avec un dynamisme plus marqué pour la petite couronne. L’analyse des mouvements des entreprises montre que 75% des transferts de communes sont internes à la Région et ont lieu le plus souvent dans la banlieue proche de Paris. 

La crise pandémique est venue questionner les inducteurs du choix par rapport au lieu des emplois, en remettant en cause pour certaines sociétés l’idée qu’une présence dans le centre des agglomérations soit essentielle au développement de leurs activités. L’adhésion croissante aux canaux numériques mène une part des entreprises à innover et à élargir leur périmètre géographique dans un contexte post-crise.

Cette remise en cause du modèle classique des lieux d’emplois vient poser trois catégories d’hypothèses. 

Premièrement, si la pratique du télétravail se diffuse au-delà de la crise actuelle, il est possible que les entreprises optent pour réduire les espaces de bureau, pouvant ainsi privilégier à coûts constants, des zones plus centrales et plus chères à Paris ou dans d’autres zones spécifiques, comme La Défense. Une recentralisation des emplois et un renfort de l’hypercentralité seraient alors à envisager.

Une deuxième hypothèse, serait à l’opposé une relocalisation des bureaux vers des zones moins chères et bien desservies par le réseau de transport collectif, notamment pour les entreprises subissant une diminution des recettes en raison des difficultés économiques, et compatibles avec une réduction des budgets.

Enfin, un troisième mouvement possible serait la poursuite de la tendance observée ces 10-15 dernières années, c’est-à-dire une accélération du report parisien vers la petite couronne, accompagné et encouragé par le déploiement du nouveau système de transport proposé par le Grand Paris Express

Autant d’hypothèses qui peuvent se combiner et se croiser avec des impacts forts et parfois contradictoires (ou complémentaires) sur les besoins de mobilité



QUI SOMMES-NOUS ?

Alenium Consultants accompagne les acteurs publics et privés du secteur des mobilités dans leurs projets d’évolution organisationnelle et dans le pilotage de leur performance opérationnelle. 

Notre expertise en études prospectives nous permet d’accompagner nos clients dans le décryptage de contextes complexes en transformation, dans la construction des scénarii possibles et dans la prise de décisions stratégiques vis-à-vis des enjeux identifiés. Auprès de la Société du Grand Paris (SGP), Alenium Consultants réalise l’analyse des impacts du COVID-19 sur la mobilité francilienne, notamment dans le cadre du projet du Grand Paris Express.

Nous nous appuyons sur une connaissance éprouvée des enjeux des transports, des modèles économiques et des évolutions réglementaires du secteur. Alenium Consultants intervient auprès d’autorités organisatrices des mobilités (AOM), comme le Ministère chargé des Transports, Île-de-France Mobilités (IDFM), des Régions, des collectivités locales, ainsi que des opérateurs et d’autres établissements publics.   

Vous souhaitez en savoir plus sur nos prestations sur le domaine des transports et des mobilités ? 

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